(Episode 1 - Ecrit en collaboration avec l’association d’architectes Et alors ?)
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Deux jours plus tard au supermégamarché ouest, entrée sud, 23 h 55.
« On ne va pas changer les bonnes habitudes. »
« Dire qu’il y a cinq ans, on nous prenait
pour des doux dingues quand on se
donnait rendez-vous aux rayons frais des
grands magasins. Aujourd’hui, regarde,
c’est le dernier endroit à la mode ! »
Autour d’eux, des centaines de personnes
passaient et repassaient devant les
immenses frigos et congélateurs. En
quête d’une autre fraîcheur que celle
des ventilos et des climatiseurs de bureau.
Tout se mangeait frais désormais.
Le poisson en sushi, la viande en carpaccio,
les pizzas en gâteaux secs, le
café frappé, les soupes en glaçons…
Toujours à l’affût de nouveaux clients,
les marques de yaourts et de fromages
avaient installé des zones de dégustation.
ça mangeait, ça chahutait, ça
jouait aux cartes. Le supermarché avait
même été contraint d’instaurer des sens
de circulation. Et avait dû embaucher
des vigiles pour assurer la déambulation
de tout ce monde.
C’est que dans les rayons, on marchait au pas. On s’arrêtait de longues minutes devant chaque promotion, chaque produit. Faire ses courses était devenu un vrai cassetête. La calculette était indispensable, car à l’addition des prix s’ajoutait désormais celle des kilos de CO2. Pour soulager la ménagère de moins de 90 ans, les gérants de supermégamarchés ne lésinaient pourtant pas sur la technologie. Les chariots dernier cri énonçaient ainsi le montant des achats et leur bilan carbone au fur et à mesure que les clients y déposaient leurs produits.
« Alors Marc, as-tu réussi à percer le
mystère de la carte CO2 ? »
« Informatiquement, oui. Mais je ne
désespère pas de t’en récupérer une par
un autre biais. Je suis entré en contact
sur le Net avec un fournisseur de fausses
cartes dotées de vrais crédits CO2. »
« Comment fait-il ? »
« Eh bien, tu vois tous ces réfugiés climatiques
qui ont débarqué ces derniers
mois, faute de place dans les camps
d’Europe du nord ? »
« Oui, bien sûr, difficile de les manquer.
Ils se déplacent en groupes. »
« Depuis l’accord de l’organisation
des Nations unies de 2020, ils bénéficient
d’une “ prime ” de CO2 en dédommagement
de leurs déménagements
contraints. Mais la plupart du temps, ils
n’en ont que faire et préfèrent l’échanger
contre un faux passeport qui ne mentionne
pas leur statut de réfugié. »
« Je ne comprends pas, ce statut les
protège pourtant juridiquement et financièrement
? »
« A l’origine, oui. Mais avec le temps, ce
passeport les a surtout stigmatisés. Ils se
sentent discriminés, exclus. »
« Donc, je vais avoir une carte avec un
bonus CO2 “ emprunté ” à un réfugié climatique.
ça me dégoûte. »
« A court terme, c’est la seule solution
que je puisse te proposer, car sur le plan
informatique, le système est trop verrouillé.
Ils ont retenu la leçon du fiasco
de la précédente carte, qui avait été piratée
en quelques semaines. Du coup,
celle-ci a été élaborée avec les conseils
des meilleurs hackers du monde. »
(Lire le prochain épisode)
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