Sabrina Amarache et Jean Sur, Clichy-sous-Bois, mon bled, Mettis éditions, 82 pages, 7,50 euros.
Les intellectuels et journalistes les plus scrupuleux sont souvent placés en face d’un épineux dilemme : comment parler des banlieues quand on n’en vient pas ? Où placer le curseur pour donner une couleur de justesse à son propos ? Toujours délicat de considérer qu’elles sont uniquement un lieu de déréliction sociale, de mal-être (misérabilisme). Plus délicat encore de décréter, a contrario, qu’il s’agit d’un havre de paix uniquement peuplé de gens talentueux et sympathiques (angélisme). Il y a de l’embarras dans tout ça : une "culpabilité de l’homme blanc", mêlée à une vague et bienveillante condescendance.
Pour se décrasser les préjugés, on conseillera donc la lecture de Clichy-sous-Bois, mon bled. Il consiste en une interview courte, mais éclairante, de Sabrina Amarache, étudiante de 19 ans en hypokhâgne, issue de cette riante bourgade qui connut il y a un an quelques tourments suite à la mort de deux adolescents dans un transformateur EDF.
Elle parle de tout et de rien, de son enfance, de son parcours, de ce qu’elle lit, de ce qu’elle croit...
On reste stupéfait par l’assurance tranquille avec laquelle elle assène les descriptions, sans faux semblants ni manichéisme : la peur de se faire emmerder par des garçons machos, la beauté du paysage (si, si !), la dépolitisation regrettable des émeutiers de novembre 2005, mais la solidarité face au mépris ressenti, etc. Rien ne sonne faux, et pour cause. Une fois la lecture achevée, on ne saurait dire d’ailleurs si Sabrina Amarache est clémente ou sévère, combative ou résignée, en colère ou pleine d’espoir pour l’avenir : elle est tout cela à la fois.




























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