Imaginons que demain, vous découvriez que l’usine toute proche déverse de drôles de substances dans la rivière voisine. Qu’après-demain, vous vous aperceviez qu’il n’y a plus de poissons, que les plantes dépérissent, que le chien qui y a bu s’est empoisonné. Que la semaine prochaine, vous dénonciez l’usine en question dans le canard local. Et que le mois suivant, elle vous traîne au tribunal pour diffamation.
Vous êtes un lanceur d’alerte.
Comme Pierre Méneton, chercheur qui s’était attiré les foudres du lobby des producteurs de sel, Christian Vélot, victime de représailles suite à ses positions anti-OGM, ou Véronique Lapides, présidente du Collectif Vigilance Franklin dont le procès s’est tenu vendredi.
Dénonçant la construction d’une école maternelle sur un ancien site Kodak non-dépollué, et qui avait donné lieu à quatre cancers d’enfants, elle est poursuivie en diffamation par la mairie de Vincennes : « Les gens sont trop frileux en matière d’alerte. Pour nous, c’est un peu tard, mais nous espérons au moins faire avancer la jurisprudence. » Son collectif disposait pourtant de l’appui de nombreux scientifiques, dont l’avis a été ignoré par la contre-étude de Kodak.
La France est très en retard : il n’existe ni reconnaissance du statut ni protection juridique pour les lanceurs d’alerte. Au contraire des pays anglo-saxons et des Etats-Unis, où la première loi à ce sujet date de la guerre de Sécession.
Les réponses du Grenelle
« La seule solution est de légitimer et de protéger à la fois l’individu et le processus d’expertise », confirme André Cicolella, à l’origine de la fondation Sciences citoyennes. Les enjeux sont de taille dans les domaines de la santé et de l’environnement. En cas de défaillance des pouvoirs publics, chacun doit pouvoir exercer son devoir de citoyen s’il s’estime menacé, et porter l’affaire devant des experts capables de juger de sa crédibilité .Le Grenelle de l’environnement en est arrivé à cette conclusion. Il prévoit donc la création d’une haute autorité indépendante, pour jouer le rôle de médiatrice dans les conflits. Puis la mise en place d’un haut conseil de l’expertise, « garant de la transparence, de la méthodologie et de la déontologie de l’expertise », qui vérifierait chaque cas. Mais le projet est encore retardé, avec l’examen des propositions par le Parlement reporté à l’automne.
(Crédit photo : Dissidence.libre-octet.org)




























Affichage : Voir tout | Réduire les discussions