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Mister Taylor vous salue bien !
jeudi, 3 février 2005
/ ponofob (illustration)
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/ Stéphane Mercier
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Nous ne sommes plus au temps de Zola et il y a longtemps que le travail ne fait plus mal au corps, pensiez-vous ? Pourtant, les cas de maladies professionnelles ont explosé ces 10 dernières années. Enquête sur un nouvel enjeu de santé publique.
A travailler dans des espaces ouverts, planqué derrière les plantes vertes, ou dans des bureaux design individuels de 15 m2, on pourrait croire que les maladies professionnelles et accidents du travail appartiennent à un autre âge. Les chiffres de la Sécurité sociale démontrent l’inverse : jamais les Français n’ont autant souffert de maladies professionnelles. Entre 1993 et 2003 leur nombre - établi en fonction des versements de l’assurance maladie [1]- a été multiplié par quatre. 7 500 en 1994, 31 000 en 2003, soit près de 2 salariés sur 1000 [2]. Plus surprenant, ces chiffres enflent au rythme de 20 % par an. Et encore, sont-ils probablement sous-évalués : "Nous recensons les victimes indemnisées, donc déclarées, mais nous n’avons pas les moyens de connaître l’exposition réelle des salariés. Or celle-ci est logiquement très supérieure aux chiffres des indemnisations", observe Gérard Marie, ingénieur conseil à la Direction des risques professionnels, une branche de la Sécurité sociale.

Conséquence, "depuis dix ans, nous observons une explosion des maladies liées au stress, à la vitesse et à la rigidité de l’organisation du travail", souligne François Daniellou. Bref, si Zola est aux oubliettes, "Taylor n’est pas mort, lâche le docteur Christian Verger, professeur de médecine du travail à l’université de Rennes 1. Avec la révolution informatique, on a le sentiment que la charge physique a baissé, remplacée par la charge mentale. Pourtant, bien des métiers restent soumis à des tâches monotones et répétitives. Qui plus est, les femmes sont les plus exposées : elles comptent pour 30 % des salariés français et 60 % des personnes affectées par une TMS". "Bien sûr, ce n’est pas du taylorisme au sens strict, précise Gérard Marie. Il y a 50 ans, on appliquait les méthodes de Taylor comme une fin en soi. Aujourd’hui on fixe des objectifs aux salariés. Et ce sont ces objectifs qui conduisent à la mise en place du taylorisme. Par exemple, auparavant sur une chaîne de montage on avait une certaine marge de manœuvre. Les salariés pouvaient stopper la machine, faire une pause, puis reprendre le travail. Désormais, les chaînes sont automatisés, c’est donc la machine qui impose sa cadence au salarié. Celui-ci n’a plus de marge de manœuvre."
Outre le enjeux humains et de santé publique, les spécialistes des maladies professionnelles assurent qu’il faut démontrer aux entreprises qu’elles ont tout à gagner à changer leur comportement, par exemple en travaillant sur l’ergonomie des postes de travail, voire sur l’organisation de la chaîne de production. "Dans certains cas, il vaut mieux donner un peu de marge au salarié, voire ajouter un poste supplémentaire sur une chaîne et/ou diminuer légèrement la cadence. Au bout du compte, l’entreprise verra la qualité de sa production s’améliorer, et il y aura moins de rebut", insiste Philippe Douillet. "Mais pour que cette politique soit efficace, il faut que le traitement des TMS soit considéré comme un objectif stratégique par les dirigeants ; qu’il y ait une démarche participative des salariés et de leur encadrement ; et que les entreprises fassent de la prévention durable, souligne François Daniellou. Les entreprises peuvent gagner de l’argent en faisant de l’ergonomie, mais à moyen terme. En revanche, notre approche est incompatible avec celle d’actionnaires qui voudraient des retours sur investissement à court terme".
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